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12 décembre Visite guidée de Camp-PerrinQui n'a pas, un jour, entendu les gens du Sud vanter les beautés de "Lakòt" (la côte du département du Sud) et le charme de Camp-Perrin ?
Les entendre est une chose. Aller voir de ses propres yeux est autre chose. Parfois, les mots manquent pour raconter ce que l'on voit et même les meilleures images ne sauraient traduire l'émotion que l'on ressent en écoutant, en harmonie avec le chant des cigales, la langoureuse mélodie de l'eau claire qui coule lentement dans les canaux ou son tumultueux grondement qui trouble agréablement le silence de Saut-Mathurine quand les enfants jouent à pêcher des poissons qu'ils ne prennent jamais. La ville de Camp-Perrin est jeune. Construite en 1930 et élevée au rang de commune la même année, elle se développe sans trop de problèmes et les Camperrinois paraissent assez bien organisés. Sa proximité relative avec la ville des Cayes lui permet de ne pas trop souffrir de l'exode rural. Ses infrastrures d'accueil peuvent répondre à la demande d'hébergement, malheureusement décroissante, et l'environnement est sain, en particulier à Levy et "Anwokan" (le haut de la ville) dont la propreté et la fraîcheur sont remarquables. Il y a plusieurs hôtels, d'allure différente, le long du canal d'irrigation qui va de Anwokan à Levy. Le canal d'Avezac, construit entre le 16 décembre 1759 et le 17 mai 1765, par Pierre Valentin d'Avezac de Castera, est le résultat d'une véritable prouesse technique, si l'on tient compte des contraintes topographiques et des moyens techniques disponibles, à l'époque, dans la colonie de Saint-Domingue. En plus de sa valeur historique et de son utilité pratique, il est un lieu de détente et de récréation qui attire de nombreux visiteurs. Ses nombreux bassins de décantation font le bonheur des amateurs de baignade en pleine nature. La place, devant l'église Sainte Anne, patronne de la commune, est très bien entretenue et les arbres qui l'entourent lui donnent un air d'intimité. Elle est le reflet de la partie haute de la ville qui tire orgueil de la propreté de ses rues et des petits jardins soignés qui entourent de charmantes constructions. Il y existe un complexe moderne avec un supermaché bien achalandé, une pharmacie, un restaurant, une discothèque et un night-club.
Economie Les principales activités économiques de la commune sont l'élevage, l'agriculture, le commerce et l'artisanat. Les principales productions agricoles sont l'épinard, le haricot, le maïs, le café, le tabac, le manioc, l'igname, la banane et les agrumes. Avec une population d' environ 46.000 habitants, la commune de Camp-Perrin, bien qu'insuffisamment équipée, est quand même bien lotie en ce qui a trait à la santé et à l'éducation. Santé A entendre les Camperrinois, si la santé demeure une de leurs priorités, la situation est loin d'être aussi grave que dans la majorité de nos villes. En plus des dispensaires, Camp-Perrin dispose d'un centre hospitalier visiblement propre et bien entretenu, bien que souffrant d'un manque de matériel, ce qui est courant dans nos hôpitaux. Il est malheureux, cependant, que cet hôpital ait été construit à proximité d'une route nationale poussiérieuse et parfois bruyante, surtout au passage des fameux bus qui font la liaison entre Jérémie et la capitale. Cette nuisance sonore est d'autant plus ressentie que la ville est particulièrement calme et reposante. Education et jeunesse Le nombre des écoles primaires est évalué à plus de 80 et les jardins d'enfants sont au nombre de 15. Il existe des centres de formation technique et professionnelle, mais la fierté des Camperrinois, dans le domaine de l'éducation, repose surtout sur le taux élevé de réussite obtenu aux examens officiels par les élèves du Collège St Joseph qui est, selon leurs dires, l'une des meilleurs du département du Sud, sinon du pays. La jeunesse camperrinoise dispose d'une bibliothèque, d'une salle de théâtre et de plusieurs terrains de football. En dehors des clubs et gaguères qu'ils fréquentent, plus ou moins, régulièrement. Un patrimoine à l'abandon Le fort Camp-Perrin n'existe plus. Même l'emplacement des ruines n'est plus repérable. La Prise est enterrée sous des tonnes de pierres et de sable, le chemin qui mène à la grotte Kounoubwa est presqu'impraticable. Ô miracle, Saut Mathurine est encore là dans son écrin de verdure, protégé, peut-être, par le mauvais état de la route qui a découragé plus d'un à se rendre sur le site. Une barrière protège l'accès au site, barrière qui est gardée par un vieux bonhomme qui n'arrive qu'à bégayer quand on lui demande pour qui il travaille. Rien d'étonnant ! Encore un bougre qui a trouvé une bonne méthode pour se faire un pactole sur le dos du contribuable et de l'Etat. Au moins, il sert à quelque chose car le site est, relativement, en bonne santé. Il serait peut-être intéressant de faire une étude sérieuse sur la situation actuelle de ce site encore miraculeusement préservé. Bien des gens seraient intéressés à avoir des données sur le débit de la chute, l'état d'ensablement du bassin, la survie de la faune et de la flore et même le niveau de dégradation des bassins versants de la rivière Cavaillon, bien que la chute soit, en quelque sorte, protégée en amont par un barrage hydroélectrique dont il faudrait aussi vérifier le degré de sédimentation bien qu'il n'alimente que des turbines qui ne tournent plus depuis belle lurette. Paradoxes Lors de notre visite, les techniciens étaient là à se tourner les pouces dans une usine plongée dans le black-out, attendant, impertubales, les décisions de leurs supérieurs hiérarchiques. En dépit du silence des responsables, nous avons quand même pu apprendre que sur les trois turbines, une était définitivement hors service tandis que les deux autres attendent depuis des mois les pièces qu'il leur faut pour recommancer à fonctionner. Quel gaspillage ! Quelle irresponsabilité ! Et, pendant ce temps, Levy, l'une des sections communales de Camp-Perrin, n'est pas encore électrifié. Levy est, pourtant, un site important sur lequel des investisseurs intrépides ont investi dans la construction d'hôtels, d'auberges et de restaurants. Drôle de façon de vouloir promouvoir le tourisme ! Peut-être que cela marchera. Ne sommes-nous pas au pays de l'absurde, du « manfoubinisme » et de l'impossible ? Une ville en crise. La Ravine-du-Sud gagne rapidement du terrain sur le bas de la ville, Anbakan (Bas du camp), qui va inexorablement disparaître sous les gravats et le sable déversé par la rivière. La situation est carrément désespérée et les habitants des zones sensibles savent qu'avant longtemps, il leur faudra déménager. Ils ont d'ailleurs pris l'habitude de se réfugier dans le bâtiment construit, il y a quelques années, pour loger un abattoir et une porcherie « moderne ». Le cours d'eau, capricieux, modifie son parcours comme il le veut et nul ne peut prédire où se trouvera le lit de la Ravine après une pluie sérieuse, une ravine qui cause parfois de sérieux dégâts dans la ville des Cayes et dans la plaine avoisinante. Des solutions de fortune ont été appliquées qui ne peuvent que retarder la destruction de Bananier (emplacement original de la ville) et de Anbakan. Les digues et les murs secs, construits pour protéger le bas de la ville, ne pourront pas tenir longtemps car l'accumulation d'alluvions continue de surélever le niveau du lit du cours d'eau qui dépasse, à certains endroits, la route de Bananier de deux bons mètres. Le site de La Prise, qui était l'une des fiertés des camperrinois, n'existe plus. Il a disparu sous les alluvions. Il faut beaucoup d'imagination pour croire qu'il y avait, il n'y a pas très longtemps, autre chose que la désolation de cet espace couvert de pierraille qui fume sous les rayons ardents du soleil et au milieu de laquelle La Ravine parait n'être qu'un mince filet d'eau. Tous ces problèmes découlent, logiquement, du déboisement à outrance, en amont, et de l'érosion avancée des bassins versants. La solution à long terme repose donc sur le reboisement des mornes et la reforestation. Comme si tout le monde l'ignorait. Environnement Pendant ce temps, il y a des gens qui travaillent. Des organisations s'occupent à boiser des zones entièrement dénudées, à reboiser certaines autres localités. En dépit de tout, le problème de déboisement et d'érosion est plutôt sérieux, car une bonne partie de la population se rabat sur le charbon de bois comme source de revenu et le manque d'information et d'encadrement conduit à une destruction involontaire de la flore par de mauvaises pratiques agricoles. La commune possède des ressources minières peu ou pas exploitées comme le marbre, l'argile, la lignite, le charbon de terre. Il est dommage de constater qu'un si beau pays comme le nôtre risque de disparaître à cause de la mauvaise foi, de la médiocrité, de la rapacité et de l'irresponsabilité d'une bonne partie de nos concitoyens! Bon Dieu Bon. A force de prier, on finira, peut-être, un jour par s'en sortir. Qui sait ? Source :le nouvelliste
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